Mercredi 27 février 2008
Ma mere rentra de l'hopital environ deux semaines apres l'accouchement. Sans petit frere. J'etais donc punie, c'etait tres clair...mais de quoi donc?
J'avais pourtant ete sage, moi...mon singe en peluche s'en souvient sans doute, parce que j'en ai passe des heures a lui en parler...
La seule chose qu'on m'eut dite a l'epoque, c'est que je devais etre tres sage et ne pas embeter maman avec des questions...ah, et puis il fallait aussi rester avec elle, pendant la journee, parce qu'elle pouvait faire des betises. Bon, qu'a cela ne tienne, puisque j'etais sensee devenir une grande soeur tot ou tard, je pouvais bien aussi "garder" ma maman...
C'est vrai qu'elle etait un peu bizarre, ca je m'en rappelle bien...elle ne faisait pas les choses comme d'habitude et surtout, elle mettait les objets courants dans des endroits inattendus. Je me souviens avoir sorti le sucrier du frigo des dizaines de fois. Un sucrier ordinaire, en plastique bleu roi...Ca m'avait beaucoup fait rire, la premiere fois..et puis je me suis habituee.
Par contre, je ne me suis jamais habituee a ce que j'ai entendu un apres midi de janvier. Je me rappelle que j'etais couchee et que ma mere est venu s'asseoir au bord du lit. Elle avait l'air bizarre. Et puis elle a respire un bon coup, comme quand on doit plonger dans le grand bassin et qu'on hesite entre la peur de manquer d'air et la peur de sauter a l'eau...et puis elle a plonge...et c'est moi qui me suis noyee.
Je n'aurais pas de petit frere. De petits freres, car il y en avait bien deux, mais le premier etant plus faible, il n'avait vecu que quelques heures... Avant d'aller rejoindre les anges, il avait tout de meme - a sa facon - fait comprendre aux medecins que quelque chose de grave se passait. On a donc emmene mon deuxieme petit frere dans un hopital specialise ou le verdict sans appel tomba comme un couperet: il ne vivrait pas. Le medecin avait prevenu que dans le "meilleur" des cas, il pourrait survivre un ou peut etre meme deux mois, mais que de toute facon, ce n'etait que reculer une echeance fatale. C'est peut etre parce qu'il a compris que mon petit frere a juge mieux de partir plus tot, avant que des liens ne se creent...il est parti rejoindre son jumeau cinq jours apres...
Je ne les ai jamais vus, personne n'a cru bon de m'emmener a l'enterrement... et trente cinq ans apres, je suis toujours la a me demander pourquoi on m'avait fait croire aux miracles. Rien n'est jamais acquis...et rien ne comblera jamais ce vide.
C'est drole, quand on y pense, je ne peux jamais repenser a cette epoque, a ces moments douloureux, sans repenser a ce sucrier bleu...a vrai dire, apres ce jour de janvier, je ne sais pas du tout ce qu'il est devenu...il a du etre perdu a un moment ou a un autre...comme mon enfance...
La seule chose qu'on m'eut dite a l'epoque, c'est que je devais etre tres sage et ne pas embeter maman avec des questions...ah, et puis il fallait aussi rester avec elle, pendant la journee, parce qu'elle pouvait faire des betises. Bon, qu'a cela ne tienne, puisque j'etais sensee devenir une grande soeur tot ou tard, je pouvais bien aussi "garder" ma maman...
C'est vrai qu'elle etait un peu bizarre, ca je m'en rappelle bien...elle ne faisait pas les choses comme d'habitude et surtout, elle mettait les objets courants dans des endroits inattendus. Je me souviens avoir sorti le sucrier du frigo des dizaines de fois. Un sucrier ordinaire, en plastique bleu roi...Ca m'avait beaucoup fait rire, la premiere fois..et puis je me suis habituee.
Par contre, je ne me suis jamais habituee a ce que j'ai entendu un apres midi de janvier. Je me rappelle que j'etais couchee et que ma mere est venu s'asseoir au bord du lit. Elle avait l'air bizarre. Et puis elle a respire un bon coup, comme quand on doit plonger dans le grand bassin et qu'on hesite entre la peur de manquer d'air et la peur de sauter a l'eau...et puis elle a plonge...et c'est moi qui me suis noyee.
Je n'aurais pas de petit frere. De petits freres, car il y en avait bien deux, mais le premier etant plus faible, il n'avait vecu que quelques heures... Avant d'aller rejoindre les anges, il avait tout de meme - a sa facon - fait comprendre aux medecins que quelque chose de grave se passait. On a donc emmene mon deuxieme petit frere dans un hopital specialise ou le verdict sans appel tomba comme un couperet: il ne vivrait pas. Le medecin avait prevenu que dans le "meilleur" des cas, il pourrait survivre un ou peut etre meme deux mois, mais que de toute facon, ce n'etait que reculer une echeance fatale. C'est peut etre parce qu'il a compris que mon petit frere a juge mieux de partir plus tot, avant que des liens ne se creent...il est parti rejoindre son jumeau cinq jours apres...
Je ne les ai jamais vus, personne n'a cru bon de m'emmener a l'enterrement... et trente cinq ans apres, je suis toujours la a me demander pourquoi on m'avait fait croire aux miracles. Rien n'est jamais acquis...et rien ne comblera jamais ce vide.
C'est drole, quand on y pense, je ne peux jamais repenser a cette epoque, a ces moments douloureux, sans repenser a ce sucrier bleu...a vrai dire, apres ce jour de janvier, je ne sais pas du tout ce qu'il est devenu...il a du etre perdu a un moment ou a un autre...comme mon enfance...
Par Face cachee
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Publié dans : AVANT
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Communauté : trop dure la vie....
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