Samedi 16 février 2008
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Je ne suis pas venue au monde pour la bonne raison. On pourrait penser que j'ai ete voulue...c'est vrai. Mais ce n'etait pas moi, qu'on
voulait. Mes parents se son connus au debut des annees soixante-dix. Ma mere venait de sortir d'une rupture avec son grand amour de jeunesse, mon pere, lui, collectionnait les conquetes, je pense.
C'est sans doute le defi de "conquerir l'oie blanche" qui l'a interesse, quand il a connu ma mere. Quant a elle, elle devait trouver ca plutot flatteur qu'un jeune homme etranger a son village lui
porte autant d'interet.
Mes grands-parents maternels ont du flairer le coup, car depuis le debut ils etaient contre cette union. Malheureusement, c'etait sans compter sans "l'ingeniosite" sans bornes de mes geniteurs qui
ont alors eu la bonne idee - comme des milliers de couples a l'epoque, je suppose - de me concevoir pour se marier. Voila ce que je suis: un pretexte. Je ne suis pas le bebe qu'on desire
parce qu'on a trouve la personne avec qui on veut passer le restant de sa vie. Je ne suis que le pion d'un jeu malsain entre les mains de deux mauvais perdants.
Je ne saurais dire exactement a quel moment les choses se sont envenimees, mais une chose est sure, en tout cas, apres avoir ete le ticket d'embarcation pour le mariage, je suis devenue, je pense,
le symbole de cette chaine qui les unissait.
En tant de guerre, l'ennemi viendra bruler votre drapeau. Ici, c'est moi qui ait pris. Pendant des annees. C'est toujours le symbole qui prend, c'est une regle immuable.
Aujourd'hui, des annees apres, quand j'essaie d'aborder le sujet, je recois toujours ce regard incredule qui me dit que ce n'est pas la peine d'y revenir. Faute de les aimer, je les tolere. Ils
sont la, je fais avec, je ne dis rien, c'est meme pire que ca, etant fille unique, je sais que je suis condamnee a m'occuper d'eux, les annees passant. Je le sais, je le ferai. Mais qu'on ne me
demande pas de les aimer comme on devrait aimer ses parents. Ca j'en serais incapable. Je suis marquee au fer rouge, il y a des choses qu'on oublie pas. J'ai deja pris sur moi de tout cacher
jusqu'a aujourd'hui, de ne laisser a personne deviner ce qui m'a pourri la vie pendant mon enfance et mon adolescence, je ne vais pas en plus jouer la fille modele. Remarquez, ca ne les prive pas,
ils ne s'en rendent meme pas compte. Ils n'ont jamais remarque par exemple, que j'evitais comme la peste tout contact physique avec eux: meme un frolement de la main me retourne le coeur.
C'est tres dur de se regarder dans une glace et de faire ce constat. Et le plus terrible, ce n'est pas de repenser a tout ces moments ou je serrais les dents, mais de se hair parce qu'on est
incapable d'aimer ses propres parents. C'est la culpabilite, au fond, qui vous ronge...
Par Face cachee
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Publié dans : AVANT
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